Le temps au temps

Source : Le temps au temps

« J’en ai marre, ça va plus mal par moment, je m’en sors pas, j’ai l’impression que j’avance pas… »  Mais si vous avancez, mais si… Je la regarde et je suis touchée par le souvenir de moi à sa place il y a quelques années, quand, ayant commencé à déblayer toute la M. .  . E de mon passé, j’avais parfois l’impression de m’enliser en thérapie, de ne pas aller mieux, de ne pas y voir plus clair ou alors de voir des choses que personne n’a trop envie de voir. Et pourtant. Je lui sors l’analogie du caillou dans la chaussure « C’est comme si vous aviez marché avec un caillou dans votre chaussures pendant des kilomètres et des kilomètres et que peu à peu vous sentez cette gêne… si vous ne la sentiez pas vous ne pourriez pas finir par ôter votre chaussure, retirer le caillou et repartir d’un bon pied… ». Elle me regarde, un peu dubitative. Je sais, c’est plus facile d’enlever et de retourner sa chaussure que son âme, son inconscient ou son esprit… Mais comment lui dire tout ce chemin parcouru déjà en quelques mois, cette force qu’elle a en elle pour faire face à tout ce qui habite son passé, et ce à quoi elle a survécu sans devenir folle, sans mourir, sans s’effondrer définitivement?

Ce qui est ingrat parfois dans un cheminement vers soi, c’est que pour guérir il faut pouvoir retraverser ce qui a fait mal, s’en souvenir, nommer, pleurer, ressentir la colère, le doute, les manques surtout… les ressentir peut donner l’impression qu’ils sont ravivés. Mais en fait ils n’étaient qu’endormis, en latence mais pas tout à fait, comme des organismes au repos qui continuent cependant de produire des déchets, qui polluent en silence. C’est ingrat parce qu’on peut avoir l’impression d’aller plus mal, de voir mais de ne pas comprendre, de comprendre mais de ne pas réussir à changer quelque chose. Je reste prudente quant aux méthodes et pratiques qui proposent un soulagement rapide et efficace, définitif et spectaculaire. Certes il y a de bonnes aides qui peuvent faire preuve d’une efficacité appréciée ( hypnose, EMDR pour n’en nommer que deux) mais je me demande si, quand on n’a pas fait d’abord tout un chemin vers soi, ces aides peuvent être aussi profondes qu’elles le promettent. Je ne sais pas, je suis toujours en questionnement. De ma propre expérience, j’ai vu à quel point il était fort et efficace d’aller creuser profond, et encore plus profond, à chaque couche la sécurité acquise permettant d’aller plus loin, de retraverser encore et encore tel ou tel schéma, problème, émotion. Alors OUI on avance, OUI on devient de plus en plus vivant. Mais être vivant c’est ressentir, souffrir parfois, et aussi pouvoir vivre davantage le bon, le doux, le plaisir. Un bras anesthésié ne sentira pas la douleur d’une brûlure, mais il ne sentira pas non plus la douceur d’une caresse… Est ce un choix qu’on peut faire d’ailleurs? Vivre anesthésié, au risque de se couper de tout le bon alors impossible à goûter? Est-on vraiment vivant alors?

Quoiqu’il en soit, à tous ceux, toutes celles qui ont l’impression que ça va plus mal, que ça n’avance pas, je dirai 2 choses:

  1. si ça dure depuis plusieurs mois et que VRAIMENT rien ne va mieux, rien, même pas un petit truc, et que vous en avez parlé mais que votre thérapeute, psy, médecin … n’a rien eu à vous répondre, alors changez de thérapie, ou d’accompagnant. Vous avez le droit d’essayer autre chose, quelqu’un d’autre, autrement… Il n’y a pas une vérité.
  2. si ça dure mais que parallèlement vous avez la sensation ( parfois subtile) que vous êtes sur le bon chemin pour vous ( vous seul(e) pourrez le sentir) alors ça vaut la peine de continuer. Parce que parfois pour arriver au sommet de sa montagne il faut passer par les marécages puants d’un passé douloureux, d’habitudes néfastes, de mémoires difficiles, qui encerclent votre montagne (ou votre prairie ou quoi que ce soit d’autre qui vous plait comme image ne vous gênez pas)

Tenez bon! Ne vous lâchez pas la main! Ça n’est pas parce que par le passé « on » vous a laissé tomber, « on » vous a négligé, battu, enfermé, fait taire, que vous êtes obligé de rester coincé dans le même fonctionnement. On ne peut pas défaire en 6 mois 6 ans de souffrances ( 6 ans, je suis gentille hein, certains arrivent avec 55 ans de souffrances derrière eux).

Une dernière chose: parfois il faut aussi accepter d’aller mieux. Ça peut paraitre fou, mais c’est ainsi: quand on a toujours vécu avec tel ou tel problème, et qu’on pense que s’en libérer est la clef du bonheur éternel inaltérable….on peut malgré tout être tenté de rester dans une zone de confort-car-connu. L’esprit humain est ainsi fait. Pour oser sortir de ça, il faut S’AIMER, pour bien s’accompagner, faire face aux peurs inhérentes à tout changement. Et pour faire face à la suite: il n’y a PAS de clef magique pour un bonheur sans faille. La vie c’est « des hauts et des bas » mais on peut être mieux armé pour surmonter les bas.

Bon courage, ne lâchez pas. Osez « libérer le monde de vos souffrances » comme disait Christiane Singer. Ça prend du temps, oui, aimez-vous et soyez indulgent, donnez-vous le temps.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s