Aimer ceux qu’on accompagne

Je suis « praticienne de la relation d’aide ». Bon. C’est le terme qui résonnait le mieux quand je me suis lancée dans l’aventure de l’accompagnement des personnes qui comme moi auparavant – et encore aujourd’hui et pour toujours je pense – ressentent le besoin de se faire accompagner pour un bout de chemin.

Après plus d’1 an de pratique en cabinet, et pas mal d’heures d’accompagnement réalisées, je suis toujours émue et profondément touchée par la rencontre qui s’opère. Entre moi et l’autre, entre l’autre et lui-même ou elle-même.

Peu importe la place ou le rôle qu’ils me donnent ceux et celles qui viennent me voir. La relation s’installe petit à petit et prend forme, au gré des schémas que les gens apportent -souvent sans en avoir conscience- avec eux dans mon bureau. Plus ils quittent leurs masques et mieux ils voient mon propre visage, osent me rencontrer moi plutôt que mon rôle ou ma fonction. Certes je me dois d’assumer un certain rôle précis, cadré, net, sécurisant, sans débordements qui pourraient nuire à leur autonomie. Mais je reste la personne que je suis, les invitant à faire de même.

Il y a ces moments douloureux où la personne se sent coincée, prise au piège, il y a ces instants touchants où une vieille douleur se ravive, il y a les stagnations, les éclairs de vérité, le ressenti qui s’affine, les mots qui se trouvent. Et moi, témoin privilégié de ces naissances, je suis encore émue par le chemin sur lequel je les accompagne. Mais je ne suis jamais loin devant, tout au plus un pas en avant, la plupart du temps juste à côté. Et quelques soient les étapes, les avancées, les stagnations, je réalise que je les aime, ces personnes qui cheminent. En osant laisser émerger leur humanité, elles touchent la mienne, la ravivent, la confirment. Et les heures que je passe en dehors des séances à penser à ces gens, à leur répondre s’ils m’écrivent, à les rappeler si besoin, sacrée entorse (ou entorse sacrée?)  à la déontologie, je les assume. Parce que je les aime. Plusieurs m’ont dit « On aurait pu être amis dans la vraie vie… » et pourquoi pas? Pourquoi ne le deviendrait-on pas? Finalement ce que j’offre en demandant rétribution pour le temps que je consacre, ça devrait être la normalité relationnelle! Mais dans ce monde d’apparences, de faux-semblants, de fausse pudeur, nous avons perdu cet élan pur et naturel. Dans les schémas enregistrés dans notre enfance, les non-dits, les « ça ne se fait pas », les « tu t’écoute trop! » et les « un vrai gars/une grande fille ça ne pleure pas! il faut rester digne! » nous avons perdus peu à peu le contact avec qui nous sommes. Et trouver un espace où il est possible de reconnecter avec soi-même, c’est précieux. Ce sont eux, les gens qui viennent me voir, qui le créent, cet espace. Je leur offre ma présence, mon écoute, je les aime et ils amènent leur vérité, que nous rencontrons ensemble. Dans mon regard qui ne les juge pas, ils arrivent parfois à prendre l’habitude de ne plus se juger. Aimer ceux qu’on accompagne, pour moi c’est la condition sine qua non d’un chemin vers l’autonomie, la séparation qui viendra. Quand l’attachement a été clair et sain, la fin de l’accompagnement le sera également.