Le Dragon ( inspiré du Dr Gould)

Les TCA ( Troubles des conduites alimentaires) sont un sujet qui m’intéresse beaucoup. qu m’a concernée. Qui me concerne encore, moi, personnellement. Plus particulièrement l’hyperphagie boulimique, ou  BINGE Eating… Il y a de cela quelques années, j’avais acquis le livre du Dr Gould  « Gérez vos émotions, perdez du poids » ( je préfère le titre original qui a été traduit un peu à la légère pour mieux parler au public francophone et ne pas trop l’effrayer – en effet le titre original « Shrink yourself: End emotionnal eating » avance davantage l’idée de psychothérapie-  « shrink » étant un mot du registre familier pour désigner un psy) Donc j’ai lu et relu ce livre, pris des notes, fait un résumé… Je me rends compte à quel point ce qui y est dit peut s’appliquer à bien d’autres domaines que l’alimentation émotionnelle, qui peut être vécue comme une véritable addiction à la nourriture. Si je devais résumer ce livre en une phrase ( ouhlala moi et l’esprit de synthèse ça fait 4!) Je dirais dans mes mots à moi :

« Il faut s’approcher du dragon que l’on nourrit pour la calmer, ne plus le nourrir et le laisser se réveiller … » quelle terreur !

Ce dragon ce sont toutes les émotions, pensées, traumatismes douloureux qui ont jalonné notre existence et dont nous portons encore les stigmates aujourd’hui. Toutes ces choses douloureuses qui font qu’une petite voix ou des réflexes agissent en nous en fonction de ce passé. Il est dit dans ce livre que pour avoir un bon degré de maitrise dans sa vie, il faut développer une compétence: celle d’examiner mon monde extérieur actuel plutôt que mon monde intérieur passé. revenir à la réalité quoi. Et non pas se laisser guider par ses blessures passées. Tout un programme!

Je me suis longtemps demandé comment faire face à mon dragon intérieur ( ces émotions, pensées, comportements issus du passé qui ont été utiles à un moment donné pour certains mais qui me pourrissaient la vie au présent). Comment cesser de nourrir cette bête violente et terrifiante que sont mes émotions/traumas passés pour la faire taire, la calmer, faire en sorte qu’ELLE ne me dévore pas. Faire face à mon histoire. Accepter de reconnaitre que mon besoin d’amour, ma FAIM d’amour n’est pas comblée, ne le sera peut être jamais par l’Autre ( mari, famille, amis…) mais mettre en place des outils, stratégies pour que moi même je puisse y répondre. En m’épanouissant dans des choses qui me plaisent, me parlent, voire me passionnent.

C’est à la fois simple et difficile. Simple parce que tout est là, en soi, pour SAVOIR quels sont nos besoins réels. Et difficile parce que cela implique, pour les voir clairement, de reconnaitre à quel point ces besoins n’ont pas été entendus, ne sont pas comblés. Le chemin de l’introspection, couplé à un chemin de développement personnel axé sur l’action et le présent. Certains de ces besoins que nous pouvons découvrir seront vus et entendus, et cela suffira à les faire « passer ». D’autres nous apparaitront comme puéril, ou plus d’actualité. D’autres encore vaudront la peine d’être satisfaits. Et c’est là qu’on devra passer à l’action. Les adapter à l’évolution de notre vie. Je ne pourrai peut être pas devenir médecin à 50 ans, mais je peux me former à une médecine alternative pour soulager les maux de mes semblables via un outil qui me parle bien. Je ne pourrai peut-être pas devenir chanteur à succès à 40 ans passé, mais je peux prendre des cours de chant ou monter un groupe avec des amis ou autres musiciens pour exprimer mon désir de scène, et partager ma passion à mon niveau. Certains vous diront que rien n’est impossible quelque soit votre âge. C’est vrai. Peut être que je pourrai devenir médecin à 50 ans, ou chanteur à succès passé 40 ans. Mais si cela s’avère impossible, alors qu’au moins j’aie pu donner forme à un besoin profond dans mon présent. Vous comprenez l’idée? Il faut faire remonter le désir à la surface. Un désir qui peut exprimer un besoin profond, nous permettant de réaliser QUI nous SOMMES. Sur ce chemin de réalisation de ses désirs profonds et ses besoins essentiels à notre bien être, nous aurons besoin de négocier, oser dire ce dont nous avons besoin, nous mettre en mouvement, agir, nous tromper, recommencer, cultiver notre résistance à l’échec. Mais en exploitant notre potentiel, nous cessons de nourrir notre manque d’estime pour nous mêmes.

 

Alors tout ça c’est bien joli mais concrètement on fait QUOI si on ne nourrit plus le dragon de bouffe, de sexe, de drogues plus ou moins licites?  Et s’il se réveille? Et bien c’est là qu’on a besoin d’une main amie, d’une écoute, d’un accompagnement. Parce que seul c’est très dur. C’est là, plus qu’ailleurs, que l’on ne doit pas aller SEUL. Parce que seul on l’a trop été, et seul, tout ce qu’on a pu faire, c’est nourrir le dragon pour la garder calme, endormi, sage. Il faut trouver un autre cet autre qui a dompté son dragon déjà, et qui pourra vous tenir la main, vous offrir son écoute, son épaule, ses connaissances, des outils, pour faire face à ce dragon qui est le vôtre. Cet autre peut être un psy, un infirmier, un médecin, un thérapeute, pourquoi pas un ami mais un professionnel ou non qui aura fait ce chemin là. Parce qu’on accompagne toujours mieux sur un chemin que l’on connait déjà. On aide toujours mieux les autres à dompter son dragon quand on a dompté le sien. D’ailleurs excusez-moi mais le mien se réveille, je vais aller ne pas le nourrir.