Le Dragon ( inspiré du Dr Gould)

Les TCA ( Troubles des conduites alimentaires) sont un sujet qui m’intéresse beaucoup. qu m’a concernée. Qui me concerne encore, moi, personnellement. Plus particulièrement l’hyperphagie boulimique, ou  BINGE Eating… Il y a de cela quelques années, j’avais acquis le livre du Dr Gould  « Gérez vos émotions, perdez du poids » ( je préfère le titre original qui a été traduit un peu à la légère pour mieux parler au public francophone et ne pas trop l’effrayer – en effet le titre original « Shrink yourself: End emotionnal eating » avance davantage l’idée de psychothérapie-  « shrink » étant un mot du registre familier pour désigner un psy) Donc j’ai lu et relu ce livre, pris des notes, fait un résumé… Je me rends compte à quel point ce qui y est dit peut s’appliquer à bien d’autres domaines que l’alimentation émotionnelle, qui peut être vécue comme une véritable addiction à la nourriture. Si je devais résumer ce livre en une phrase ( ouhlala moi et l’esprit de synthèse ça fait 4!) Je dirais dans mes mots à moi :

« Il faut s’approcher du dragon que l’on nourrit pour la calmer, ne plus le nourrir et le laisser se réveiller … » quelle terreur !

Ce dragon ce sont toutes les émotions, pensées, traumatismes douloureux qui ont jalonné notre existence et dont nous portons encore les stigmates aujourd’hui. Toutes ces choses douloureuses qui font qu’une petite voix ou des réflexes agissent en nous en fonction de ce passé. Il est dit dans ce livre que pour avoir un bon degré de maitrise dans sa vie, il faut développer une compétence: celle d’examiner mon monde extérieur actuel plutôt que mon monde intérieur passé. revenir à la réalité quoi. Et non pas se laisser guider par ses blessures passées. Tout un programme!

Je me suis longtemps demandé comment faire face à mon dragon intérieur ( ces émotions, pensées, comportements issus du passé qui ont été utiles à un moment donné pour certains mais qui me pourrissaient la vie au présent). Comment cesser de nourrir cette bête violente et terrifiante que sont mes émotions/traumas passés pour la faire taire, la calmer, faire en sorte qu’ELLE ne me dévore pas. Faire face à mon histoire. Accepter de reconnaitre que mon besoin d’amour, ma FAIM d’amour n’est pas comblée, ne le sera peut être jamais par l’Autre ( mari, famille, amis…) mais mettre en place des outils, stratégies pour que moi même je puisse y répondre. En m’épanouissant dans des choses qui me plaisent, me parlent, voire me passionnent.

C’est à la fois simple et difficile. Simple parce que tout est là, en soi, pour SAVOIR quels sont nos besoins réels. Et difficile parce que cela implique, pour les voir clairement, de reconnaitre à quel point ces besoins n’ont pas été entendus, ne sont pas comblés. Le chemin de l’introspection, couplé à un chemin de développement personnel axé sur l’action et le présent. Certains de ces besoins que nous pouvons découvrir seront vus et entendus, et cela suffira à les faire « passer ». D’autres nous apparaitront comme puéril, ou plus d’actualité. D’autres encore vaudront la peine d’être satisfaits. Et c’est là qu’on devra passer à l’action. Les adapter à l’évolution de notre vie. Je ne pourrai peut être pas devenir médecin à 50 ans, mais je peux me former à une médecine alternative pour soulager les maux de mes semblables via un outil qui me parle bien. Je ne pourrai peut-être pas devenir chanteur à succès à 40 ans passé, mais je peux prendre des cours de chant ou monter un groupe avec des amis ou autres musiciens pour exprimer mon désir de scène, et partager ma passion à mon niveau. Certains vous diront que rien n’est impossible quelque soit votre âge. C’est vrai. Peut être que je pourrai devenir médecin à 50 ans, ou chanteur à succès passé 40 ans. Mais si cela s’avère impossible, alors qu’au moins j’aie pu donner forme à un besoin profond dans mon présent. Vous comprenez l’idée? Il faut faire remonter le désir à la surface. Un désir qui peut exprimer un besoin profond, nous permettant de réaliser QUI nous SOMMES. Sur ce chemin de réalisation de ses désirs profonds et ses besoins essentiels à notre bien être, nous aurons besoin de négocier, oser dire ce dont nous avons besoin, nous mettre en mouvement, agir, nous tromper, recommencer, cultiver notre résistance à l’échec. Mais en exploitant notre potentiel, nous cessons de nourrir notre manque d’estime pour nous mêmes.

 

Alors tout ça c’est bien joli mais concrètement on fait QUOI si on ne nourrit plus le dragon de bouffe, de sexe, de drogues plus ou moins licites?  Et s’il se réveille? Et bien c’est là qu’on a besoin d’une main amie, d’une écoute, d’un accompagnement. Parce que seul c’est très dur. C’est là, plus qu’ailleurs, que l’on ne doit pas aller SEUL. Parce que seul on l’a trop été, et seul, tout ce qu’on a pu faire, c’est nourrir le dragon pour la garder calme, endormi, sage. Il faut trouver un autre cet autre qui a dompté son dragon déjà, et qui pourra vous tenir la main, vous offrir son écoute, son épaule, ses connaissances, des outils, pour faire face à ce dragon qui est le vôtre. Cet autre peut être un psy, un infirmier, un médecin, un thérapeute, pourquoi pas un ami mais un professionnel ou non qui aura fait ce chemin là. Parce qu’on accompagne toujours mieux sur un chemin que l’on connait déjà. On aide toujours mieux les autres à dompter son dragon quand on a dompté le sien. D’ailleurs excusez-moi mais le mien se réveille, je vais aller ne pas le nourrir.

En attendant le déclic ( ou La résistance au changement)

Admettons qu’on ( moi, vous) soit arrivé à un point où l’on a pu identifier nos freins, ce qui nous fait peur, ce qui nous motive, ce que l’on veut ( comment ça j’ai sauté des étapes? Le web REGORGE d’articles, blogs, vidéos et outils d’auto-développement pour faire ce chemin… il puis il y a aussi de bons coachs, de bons psy, voire même de bons praticiens de la relation d’aide 😉 qui peuvent nous aider) Bref, admettons qu’on en soit là. On sentait bien que quelque chose n’allait pas dans notre vie, on a fait un chemin de réflexion, prises de conscience, nettoyage, nouvelles connaissances… On sait ce qu’il faut faire, dans quel ordre ou à peu près, on sait de quoi on est capable, on connait les risques, les avantages et inconvénients possible de passer à l’action. On se sent mal, enfin tout dépend des jours, en tout cas on ne veut qu’une chose: que ça change, on veut y aller quoi! Et pourtant… on se replonge automatiquement dans ses habitudes que l’on soupçonne fortement d’être néfastes ( manger vite et/ou mal, fumer, trainer sur le web pour regarder des conneries, re-fumer, re-boire un café, ne pas faire de sport, critiquer ses collègues de bureau etc, etc). Pourtant, on sait par où commencer. On a peut être même déjà commencé, plusieurs fois, et parfois pendant plusieurs semaines, des mois! Et des fois avec des résultats plutôt sympas: on se sentait mieux en mangeant moins, on avait plus de pep’s en allant courir 3 fois par semaine, on s’aimait davantage en étant plus positif, on progressait pas mal à la guitare en pratiquant régulièrement… Mais alors, qu’est ce qui fait qu’on n’a pas continué ( parfois même pas commencé)? Qu’est ce qui fait qu’on n’y va même pas ou qu’on abandonne? On se sent seul au monde: y’a des tas de gens qui un jour ont eu ce courage de faire des changements, y’en a qui ont eu LE déclic, THE déclic qui a « changé leur vie ». Il y a aussi des tas de gens qui ne se torturent pas l’esprit et ne pensent même pas à changer quoi que ce soit, continuant leur petit bonhomme de chemin… tant bien que mal.

Il parait que tant qu’on a moins d’avantages à changer qu’à ne pas changer, qualitativement parlant, il est très difficile de bouger. Comprenez: tant qu’on n’a pas touché le fond, point de déclic. Mais le fond ça peut aller très loin. Qu’est ce qui fait que certains fumeurs arrêtent la clop par choix raisonné, motivation personnelle, comme ça, juste parce qu’ils veulent prendre soin de leur santé, tandis que d’autres, sur un lit d’hopital après une pneumonectomie, ne rêvent que d’une cigarette vite vite là tout de suite?

Nous avons tous des degrés divers d’endurance à la douleur, pas seulement physique mais psychique. Doit-on atteindre le point névralgique sublime et total pour enfin pouvoir passer à l’action? Certains semblent ne jamais l’atteindre et meurent sans être jamais passés à l’action.

Alors, qu’est-ce qui fait que…????

Et si c’était la peur? La peur d’enfin oser être soi, à travers des changements bénéfiques? La peur de devenir qui on est? La peur de rencontrer enfin des rêves qui semblaient bien loin, mais qui se rapprochent dangereusement. Or, un rêve qui se réalise n’en est plus un. Certains préfèrent rêver leur vie. Il y a peut être aussi le danger de devenir heureux: est-ce bien raisonnable? N’y a-t-il pas une fidélité sous-jacente ( du style « dans ma famille personne n’est heureux alors bon, je vais quand même pas détonner! ») ? Y ai-je droit? Et puis d’abord c’est QUOI le bonheur?

Je crois qu’ il s’agit d’une question d’amour de soi. Si on s’aime on va prendre soin de soi, adopter une discipline qui nous fera sentir mieux, et les habitudes répétées donnant sa couleur à la vie, donner une orientation à la vie qui est la nôtre. Si on s’aime on aura moins peur.

Si je ne m’aime pas profondément, je ne ferai pas les bons choix pour moi. Je vais sans cesse retomber dans mes travers, mes « mauvaises habitudes », rester victime et impuissante finalement.

Faire un chemin tout seul, c’est difficile. C’est pourquoi j’ai choisi d’en faire mon métier: accompagner ceux et celles qui, comme moi, sentent ou pressentent qu’il est primordial de rencontrer la personne que l’on est vraiment pour vivre sa vie à partir de qui on est et non pas un semblant de vie à partir d’un personnage plus ou moins reluisant. Il faut du courage pour oser déposer ses masques, changer ses habitudes, chercher sa voie, accepter le doute et les non-sens parfois. Mais en chemin ( le bout du chemin je ne sais pas s’il existe) il y a la plénitude de se sentir vivant, en mouvement. Et l’amour. De soi, des autres, l’amour que l’on donne, que l’on s’autorise à recevoir et à goûter. Je vous le souhaite, de tout coeur. Il n’y a pas UN déclic, il y a DES déclics. Et parfois ils passent inaperçue. On se rend compte des mois plus tard que « Tiens je ne fais plus ceci ou cela » « C’est drôle avant j’aurais réagi comme ça mais là c’est différent… » on a grandi. L’accompagnement permet grâce à la relation établie d’explorer son potentiel humain. Avec ou sans déclic, on est toujours gagnant.

 

Le temps, l’efficacité, l’accompagnement, les outils

Après avoir étudié et expérimenté plusieurs outils, approches, visions de l’Accompagnement, j’ai envie de vous partager un peu mon point de vue personnel sur tout ça. Quand on entame un travail sur soi, on peut vouloir aller profond, ou on peut vouloir juste se débarrasser des symptômes, d’un mal-être, ou résoudre un souci relationnel, professionnel. Parfois on s’aperçoit que des symptômes quels qu’ils soient, sont reliés à quelque chose de vieux, de profond ou d’ancré en soi ( schéma « mental », affectif, lacunes dans la construction de soi, manque de confiance profond, etc.). Parfois un outil ou quelques rencontres permettent de dégager le terrain, d’y voir plus clair et de repartir d’un pied ferme et positif. Mais pas toujours. On voudrait des thérapies rapides, efficaces, on voudrait que ça aille mieux, vite, et que ça dure. Dans cette optique j’ai beaucoup apprécié l’approche TCC de la dernière vague ( ou avant dernière??) la thérapie des schémas, l’A.C.T ( Acceptance and Commitment Therapy). Ces approches se basent sur des analyse de schémas spécifiques, des modes de pensée qui font souffrir, mais, chose « nouvelle » à mes yeux, moi qui étais un peu réfractaire face aux TCC de 1ère et 2è vague car je les voyais comme des « petits trucs qui marchent 3 mois », ces approches insistent sur la RELATION avec le thérapeute. La bienveillance bien sûr mais aussi le reparentage partiel, une relation vraiment « poussée »… humaine quoi!

Et même si j’aurais aimé découvrir LA méthode qui permet à la personne de se guérir très vite, mon expérience m’apprend plusieurs choses:

1- il existe des outils vraiment efficaces ( hypnose, exercices TCC, Analyse Transactionnelle, autres approches parallèles comme énergétique, somatothérapie, psychogénéalogie…)

MAIS:

2- on ne peut les dissocier d’un accompagnement sur du plus long terme, basé sur une RELATION claire et saine, afin de permettre une réorganisation de « schémas » ( par ex quelqu’un qui aura vécu la trahison et a du mal à faire confiance aura besoin de temps avant de me faire confiance et de faire l’Expérience que maintenant elle peut sentir à qui faire confiance et que ça peut être BON de faire confiance). Cette relation à l’Autre sera la base d’une relation à soi et aux autres pour la suite. Le miroir tendu dans le cadre d’une séance d’accompagnement donne à la personne accompagnée un accès à ses ressources à elle, sur lesquelles elle va pouvoir s’appuyer, et ainsi amplifier les effets des « outils ».

Alors mon avis: les outils oui, mais seuls non. La relation oui, et elle peut suffire à aller BIEN MIEUX, mais pour régler des problèmes précis, elle peut/doit être doublée d’outils, d’exercices à faire seul ou avec l’accompagnant. C’est un subtil mélange d’Actions, de passages à l’acte, et d’une relation basée sur l’écoute, l’empathie, la bienveillance, l’authenticité ( qui peut être confrontante parfois!)

Aller vite c’est possible mais il faut aussi accepter que des choses qui ont mis des années – voire des décennies –  à se construire et se cristalliser ne vont pas fondre comme neige au soleil parce qu’on aura libéré telle émotion ou telle tension. Parfois quand on a l’impression de piétiner, un petit outil, ou un exercice, peuvent donner un coup d’accélérateur. Mais pas toujours. Des fois les outils débloquent un truc lourd, des fois non. Parfois il faut juste le temps au temps. Et ça dépend des gens.

Ce qui me fait dire que oui vraiment, ça prend « toute une vie pour se mettre au monde »*

(* titre d’un ouvrage de Marie de Hennezel et Bertrand Vergely)

Être vrai, Être heureux

Dans un chemin de vie, on peut être amené à repenser la notion du bonheur. Il existe de bien beaux ouvrages sur le sujet, je pourrai partager quelques titres pour ceux et celles que ça intéresse – faites le moi savoir en commentaires). La joie, la plaisir, le bonheur, l’authenticité, autant de notions qui se mélangent un peu parfois au cours de nos vies, avec les aléas, les blessures, les moments où ça va bien, les moments d’euphorie.

Être en relation avec les autres, sainement, implique d’être en bonne relation avec soi ( je n’argumenterai pas là dessus dans cet article, prenons-le comme un postulat pour le moment, merci 😉 ) Être en bonne relation avec soi, c’est pouvoir s’écouter, être vrai, ne pas se mentir pour ne pas mentir, ne pas cacher, fuir les non-dits, être clair. Ça peut sembler simple et facile de prime abord mais c’est beaucoup plus compliqué que ça.

Par exemple: une connaissance vous invite à lui rendre visite. Vous n’avez pas envie. Pas par manque de temps, non juste PAS ENVIE.

Scénarii possible:

1) vous trouvez une excuse pour ne pas y aller.

2) vous lui dites franchement que vous n’avez pas envie ( avec ou sans diplomatie)

3) vous y aller sans en avoir envie et finalement vous passez un bon moment avec cette personne ( bonne surprise)

4) vous y aller sans en avoir envie et vous passez un moment désagréable.

À travers ces 4 scenarii possible, on a toute une palette de tenants et aboutissants possible:

  1. votre relation à cette personne n’est pas claire, vous ne vous positionnez pas clairement face à elle, vous êtes dans le mensonge vis à vis d’elle ET vis à vis de vous
  2. vous clarifiez votre ressenti, peut être l’occasion de mettre un terme à une relation qui ne vous apportait rien avec quelqu’un qui avec qui vous n’aviez rien de commun ou n’étiez pas à l’aise
  3. votre relation avec cette personne comporte des aspects positifs et des aspects moins agréables, confrontants peut-être? Mais si vous avez passé un moment agréable avec elle c’est qu’il y a peut être une vraie bonne relation possible?
  4. cette rencontre n’a pas été agréable, pouvez vous en voir les raisons? Avez vous été authentique, ou êtes vous parti battu d’avance « Je vais me faire suer… » et négatif?

Oser être soi, proche de son ressenti, prendre responsabilité de ce qu’on ressent sans en accuser le reste du monde, ou simplement l’Autre face à soi, c’est tout une démarche. Il est plus aisé de se départir de son pouvoir, de rester victime, se plaindre, gémir, râler. Plus aisé mais pas plus confortable. Et ça ne rend pas heureux, ça c’est sûr.

Oser être soi et avoir assez de liberté à l’intérieur pour se sentir légitime, oser poser ses limite, prendre sa juste place, ça c’est plus adulte. Oui mais, ça n’est pas forcément facile. C’est même franchement difficile. Alors que faire? Vivre de compromis et d’insatisfactions intérieures profondes mais garder en surface une vitrine socialement acceptable? Oser être soi au risque de faire des vagues, de vivre un rejet, une solitude, un changement de relations?

Oser être soi, être authentique, ne pas se mentir, ne pas se distraire des difficultés de la vie, c’est adulte comme position, mais est-ce que ça rend heureux?

La joie intérieure, profonde, le soulagement d’enfin sentir qu’on est vraiment sincère vaut-elle plus que les plaisirs des sens, la distraction par des futilités ( les « petits bonheurs de la vie » qui sont certes importants mais trop et trop souvent, peuvent être aussi une addiction ou une forme de fuite). Être heureux ou être vrai, faut-il choisir entre les deux?

Aimer ceux qu’on accompagne

Je suis « praticienne de la relation d’aide ». Bon. C’est le terme qui résonnait le mieux quand je me suis lancée dans l’aventure de l’accompagnement des personnes qui comme moi auparavant – et encore aujourd’hui et pour toujours je pense – ressentent le besoin de se faire accompagner pour un bout de chemin.

Après plus d’1 an de pratique en cabinet, et pas mal d’heures d’accompagnement réalisées, je suis toujours émue et profondément touchée par la rencontre qui s’opère. Entre moi et l’autre, entre l’autre et lui-même ou elle-même.

Peu importe la place ou le rôle qu’ils me donnent ceux et celles qui viennent me voir. La relation s’installe petit à petit et prend forme, au gré des schémas que les gens apportent -souvent sans en avoir conscience- avec eux dans mon bureau. Plus ils quittent leurs masques et mieux ils voient mon propre visage, osent me rencontrer moi plutôt que mon rôle ou ma fonction. Certes je me dois d’assumer un certain rôle précis, cadré, net, sécurisant, sans débordements qui pourraient nuire à leur autonomie. Mais je reste la personne que je suis, les invitant à faire de même.

Il y a ces moments douloureux où la personne se sent coincée, prise au piège, il y a ces instants touchants où une vieille douleur se ravive, il y a les stagnations, les éclairs de vérité, le ressenti qui s’affine, les mots qui se trouvent. Et moi, témoin privilégié de ces naissances, je suis encore émue par le chemin sur lequel je les accompagne. Mais je ne suis jamais loin devant, tout au plus un pas en avant, la plupart du temps juste à côté. Et quelques soient les étapes, les avancées, les stagnations, je réalise que je les aime, ces personnes qui cheminent. En osant laisser émerger leur humanité, elles touchent la mienne, la ravivent, la confirment. Et les heures que je passe en dehors des séances à penser à ces gens, à leur répondre s’ils m’écrivent, à les rappeler si besoin, sacrée entorse (ou entorse sacrée?)  à la déontologie, je les assume. Parce que je les aime. Plusieurs m’ont dit « On aurait pu être amis dans la vraie vie… » et pourquoi pas? Pourquoi ne le deviendrait-on pas? Finalement ce que j’offre en demandant rétribution pour le temps que je consacre, ça devrait être la normalité relationnelle! Mais dans ce monde d’apparences, de faux-semblants, de fausse pudeur, nous avons perdu cet élan pur et naturel. Dans les schémas enregistrés dans notre enfance, les non-dits, les « ça ne se fait pas », les « tu t’écoute trop! » et les « un vrai gars/une grande fille ça ne pleure pas! il faut rester digne! » nous avons perdus peu à peu le contact avec qui nous sommes. Et trouver un espace où il est possible de reconnecter avec soi-même, c’est précieux. Ce sont eux, les gens qui viennent me voir, qui le créent, cet espace. Je leur offre ma présence, mon écoute, je les aime et ils amènent leur vérité, que nous rencontrons ensemble. Dans mon regard qui ne les juge pas, ils arrivent parfois à prendre l’habitude de ne plus se juger. Aimer ceux qu’on accompagne, pour moi c’est la condition sine qua non d’un chemin vers l’autonomie, la séparation qui viendra. Quand l’attachement a été clair et sain, la fin de l’accompagnement le sera également.

Le Corps, ce « moi » négligé

Parfois, même en étant en cheminement, même en ayant déjà pas mal cheminé sur sa propre histoire, même en ayant compris des choses, ressenti, libéré… on peut avoir du mal à rester habité par une confiance acquise au fil du chemin parcouru. On peut avoir l’impression de retomber dans de vieux schémas, d’anciens soucis, d’archaïques réflexes…

Pendant un temps de ma thérapie, j’ai lu beaucoup de livres sur le corps: Thérèse Bertherat et son anti-gymnastique, Alexander Lowen et sa bio-énergie, Alice Miller dans son livre « Le corps ne ment jamais », etc… mais ceux-ci sont ceux qui m’ont le plus éclairée et permis de faire des liens, de sentir dans mon propre corps que mon histoire s’y était inscrite. Combien de larmes refoulées cachées sous les tensions musculaires, combien de colères étouffées dans le ventre, quel vide anesthésié dans la poitrine… Quand les choses ne vont pas comme je voudrais qu’elles aillent, quand je me sens « mal », quand une angoisse me terrasse, j’ai remarqué que revenir à mon corps, à ses sensations, à mon ressenti intime m’aidait à me brancher sur des choses qui veulent peut-être être entendues, exprimées, « sorties ».  Je ne connais pas beaucoup d’accompagnements psycho-corporels, j’ai fait l’expérience de l’haptonomie en thérapie, qui m’a énormément aidée, je sais qu’il existe des thérapeutes qui travaillent avec le corps, mais souvent on nous parle d’énergie, ou de chakras, et cela ne me parle pas. Parce que c’est trop abstrait pour moi, pas assez « réel ». Tandis qu’un toucher accompagné, ça me parle. « Une main qui parle, un mot qui touche » comme dirait Marie de Hennezel ( également formée en haptonomie). La présence d’un autre pour m’aider à rester en contact avec moi même, ça me parait très très important. Parce que mon corps, c’est moi. Les théories des approches psycho-corporelles parlent de cette impression dans le corps de toute une histoire de vie. Mais attention je ne parle pas que de douleurs, de blessures et de traumatismes. Ils sont là, en nous, certes, mais  dans notre corps il y a aussi la force de vivre, de tenir debout ( ou couché pour certains), d’être présent. Ce corps qui m’a portée jusqu’à aujourd’hui c’est moi, et si je prends le temps de l’écouter, il peut m’indiquer bien des choses. Rien que le fait de l’écouter me fait du bien. C’est tout un chemin pour certains de se réconcilier avec ce corps, qui a pu être vécu comme encombrant, source de douleurs, maltraité, abusé, relégué au rang de « pêché de chair incarné », mais accepter son corps c’est s’accepter SOI. Se porter, être responsable de soi, pas victime, pas boulet, pas dictateur. Être en paix avec ce corps et pouvoir s’en rapprocher, c’est pouvoir se voir soi et se sentir tel que l’on est avec toute sa force aussi.

Et puis en le bougeant ce corps qui est le mien, en le massant, en courant, en marchant, en étirant mes muscles, je me sens plus vivante encore ( je en citerai même pas les études qui font le lien entre l’activité physique et le moral en hausse). Le bouger en respectant ses limites et goûter au plaisir de pouvoir le faire. Mais le faire. Et ça c’est parfois tout un défi car on le néglige souvent ce corps. On le néglige ce « moi » là, qui nous accompagne pourtant toute notre vie.

Alors si vous me lisez et vous sentez un peu mal, ou très mal, prenez soin de votre corps, un petit geste, un petit massage, une petite respiration, un gros bâillement, un étirement… là… restez en contact avec qui vous êtes, avec votre corps. Votre corps c’est vous. Et avec lui vous êtes plus fort.

 

Le temps au temps

Source : Le temps au temps

« J’en ai marre, ça va plus mal par moment, je m’en sors pas, j’ai l’impression que j’avance pas… »  Mais si vous avancez, mais si… Je la regarde et je suis touchée par le souvenir de moi à sa place il y a quelques années, quand, ayant commencé à déblayer toute la M. .  . E de mon passé, j’avais parfois l’impression de m’enliser en thérapie, de ne pas aller mieux, de ne pas y voir plus clair ou alors de voir des choses que personne n’a trop envie de voir. Et pourtant. Je lui sors l’analogie du caillou dans la chaussure « C’est comme si vous aviez marché avec un caillou dans votre chaussures pendant des kilomètres et des kilomètres et que peu à peu vous sentez cette gêne… si vous ne la sentiez pas vous ne pourriez pas finir par ôter votre chaussure, retirer le caillou et repartir d’un bon pied… ». Elle me regarde, un peu dubitative. Je sais, c’est plus facile d’enlever et de retourner sa chaussure que son âme, son inconscient ou son esprit… Mais comment lui dire tout ce chemin parcouru déjà en quelques mois, cette force qu’elle a en elle pour faire face à tout ce qui habite son passé, et ce à quoi elle a survécu sans devenir folle, sans mourir, sans s’effondrer définitivement?

Ce qui est ingrat parfois dans un cheminement vers soi, c’est que pour guérir il faut pouvoir retraverser ce qui a fait mal, s’en souvenir, nommer, pleurer, ressentir la colère, le doute, les manques surtout… les ressentir peut donner l’impression qu’ils sont ravivés. Mais en fait ils n’étaient qu’endormis, en latence mais pas tout à fait, comme des organismes au repos qui continuent cependant de produire des déchets, qui polluent en silence. C’est ingrat parce qu’on peut avoir l’impression d’aller plus mal, de voir mais de ne pas comprendre, de comprendre mais de ne pas réussir à changer quelque chose. Je reste prudente quant aux méthodes et pratiques qui proposent un soulagement rapide et efficace, définitif et spectaculaire. Certes il y a de bonnes aides qui peuvent faire preuve d’une efficacité appréciée ( hypnose, EMDR pour n’en nommer que deux) mais je me demande si, quand on n’a pas fait d’abord tout un chemin vers soi, ces aides peuvent être aussi profondes qu’elles le promettent. Je ne sais pas, je suis toujours en questionnement. De ma propre expérience, j’ai vu à quel point il était fort et efficace d’aller creuser profond, et encore plus profond, à chaque couche la sécurité acquise permettant d’aller plus loin, de retraverser encore et encore tel ou tel schéma, problème, émotion. Alors OUI on avance, OUI on devient de plus en plus vivant. Mais être vivant c’est ressentir, souffrir parfois, et aussi pouvoir vivre davantage le bon, le doux, le plaisir. Un bras anesthésié ne sentira pas la douleur d’une brûlure, mais il ne sentira pas non plus la douceur d’une caresse… Est ce un choix qu’on peut faire d’ailleurs? Vivre anesthésié, au risque de se couper de tout le bon alors impossible à goûter? Est-on vraiment vivant alors?

Quoiqu’il en soit, à tous ceux, toutes celles qui ont l’impression que ça va plus mal, que ça n’avance pas, je dirai 2 choses:

  1. si ça dure depuis plusieurs mois et que VRAIMENT rien ne va mieux, rien, même pas un petit truc, et que vous en avez parlé mais que votre thérapeute, psy, médecin … n’a rien eu à vous répondre, alors changez de thérapie, ou d’accompagnant. Vous avez le droit d’essayer autre chose, quelqu’un d’autre, autrement… Il n’y a pas une vérité.
  2. si ça dure mais que parallèlement vous avez la sensation ( parfois subtile) que vous êtes sur le bon chemin pour vous ( vous seul(e) pourrez le sentir) alors ça vaut la peine de continuer. Parce que parfois pour arriver au sommet de sa montagne il faut passer par les marécages puants d’un passé douloureux, d’habitudes néfastes, de mémoires difficiles, qui encerclent votre montagne (ou votre prairie ou quoi que ce soit d’autre qui vous plait comme image ne vous gênez pas)

Tenez bon! Ne vous lâchez pas la main! Ça n’est pas parce que par le passé « on » vous a laissé tomber, « on » vous a négligé, battu, enfermé, fait taire, que vous êtes obligé de rester coincé dans le même fonctionnement. On ne peut pas défaire en 6 mois 6 ans de souffrances ( 6 ans, je suis gentille hein, certains arrivent avec 55 ans de souffrances derrière eux).

Une dernière chose: parfois il faut aussi accepter d’aller mieux. Ça peut paraitre fou, mais c’est ainsi: quand on a toujours vécu avec tel ou tel problème, et qu’on pense que s’en libérer est la clef du bonheur éternel inaltérable….on peut malgré tout être tenté de rester dans une zone de confort-car-connu. L’esprit humain est ainsi fait. Pour oser sortir de ça, il faut S’AIMER, pour bien s’accompagner, faire face aux peurs inhérentes à tout changement. Et pour faire face à la suite: il n’y a PAS de clef magique pour un bonheur sans faille. La vie c’est « des hauts et des bas » mais on peut être mieux armé pour surmonter les bas.

Bon courage, ne lâchez pas. Osez « libérer le monde de vos souffrances » comme disait Christiane Singer. Ça prend du temps, oui, aimez-vous et soyez indulgent, donnez-vous le temps.

Ces jours où tout va mal…

C’est le matin et déjà ça ne va pas. Bon en même temps ça ne pourra qu’aller mieux. C’est vrai quoi y’a des jours où on se lève avec la patate et où contre toute attente, les soucis s’enchainent, on dirait qu’ils se sont donné le mot, jusqu’à un moment clef de la journée où… on craque. Je sais pas ce que je préfère…
Et puis il y a ces matins où de toute façon ça va PAS BIEN dès le lever. Rien à perdre! Alors si on prenait 5 minutes pour s’écouter là dedans, au lieu de foncer tête baissée vers une journée qui de toute façon se fera avec ou sans nous?
5 minutes, juste le temps de se poser quelques questions:

– comment je me sens au fond? Énervée, de mauvaise humeur? Il y a quoi en dessous?
– est-ce que je m’aime là ce matin? ( fort à parier que la réponse sera NON)
– de quoi j’aurais besoin? ( note: le « qu’on me foute la paix, d’une île déserte, de 3 millions » sont à entendre mais à dépasser: c’est trop facile hein. Voir quels besoins se cachent derrière)
– si je pouvais changer une chose pour aller mieux là, ça serait quoi? ( vous avez déjà une bonne piste pour savoir ce qui cloche)

Des fois ce sont des petites choses qui nous ont agacés ( un PV la veille, une contrariété suite à une remarque sur votre coiffure par un collègue taquin, des chiffres sur une balance – quelle idée de se peser le soir!!) , ou des choses plus « graves » qui nous ont bouleversés ( proche malade, relation difficile avec un ami, conjoint, enfant… souci de santé perso, chiffres sur la balance ( et oui pour certaines personnes ces chiffres peuvent être une grave source de souffrance). On ne sent pas toujours à quel point on peut être affecté par quelque chose. On est un peu anesthésié émotionnellement et on ne comprend pas qu’on se sente si mal. Et pourtant il y a bien quelque chose à la source de ce mal être.

S’écouter, pour les « petites » ou les « graves » choses, c’est très important. Parce que si on ne s’écoute pas, personne d’autre ne pourra le faire. Le psy me direz vous? Oui mais pour que le psy nous entende il faut se DIRE et quand on DIT, on s’entend soi aussi…Écouter et entendre les besoins cachés derrière un malaise… Manque d’affection, baisse de l’estime de soi, doutes, angoisse, douleur… ça n’est pas s’apitoyer sur soi que d’oser ressentir la vérité qui nous habite. Au contraire, c’est un acte responsable qui dégage les autres de notre fardeau ( si on ne s’assume pas, on fait toujours porter aux autres ce qui nous encombre, consciemment ou non). Alors faites un geste pour les autres si vous ne le faites pas pour vous: écoutez-vous!

 Bonne journée ( quand même 😉 )

Ce qui nous plait chez l’autre, ce qui nous dérange, miroir, miroir

Sujet un peu bateau? Banalité? Vous avez déjà surement entendu dire « quand quelque chose te dérange chez quelqu’un c’est que ça te parle de quelque chose chez toi » Ou effet miroir. Il y a un exercice qui consiste à prendre un personnage réel ou imaginaire, une personnalité publique, que l’on déteste, qui nous agace, mais vraiment!  Et  lister tous ses défauts tout ce que cette personne a ou n’a pas qui nous agace profondément, voire suscite de la haine en nous.  Une fois cette liste faite, on prend chaque adjectif et on le met au « JE »  « Je suis égocentrique » « Je suis narcissique » « Je suis bête »… Tous les éléments de la liste ne nous parleront pas de la même manière mais certains risquent de nous interpeler. En restant ouvert d’esprit, en acceptant de se remettre en question, on s’apercevra souvent que ces défauts là qui nous font bondir chez les autres, et bien on les retrouve chez soi, et qu’on ne s’accepte pas avec tout cela.

Ce qui fait écho en nous chez l’autre, c’est bien souvent ce qu’on a en commun. Effet miroir. Et bien sûr ça fonctionne dans l’autre sens: on prend une personne réelle ou imaginaire, une personnalité publique ou un proche, qu’on adore, qu’on admire, qui nous touche particulièrement, et on fait une liste de tout ce positif. Puis on s’approprie la liste « JE suis généreux » « J’AI une énergie débordante »…etc. Si un élément ne correspond pas, ( « JE suis dynamique? Moi? Moi qui suis sans cesse fatigué? ») il se peut fort que la qualité qui résonne en nous soit en dormance, là tout près, ne demandant qu’à être exprimée, mais si quelque chose vous touche c’est qu’il y a une résonance chez vous de cette qualité, aptitude, ce trait de caractère.

À noter qu’un trait qui vous agace beaucoup chez quelqu’un peut aussi résonner par envie: Untel m’agace car il est arrogant: dans le fond j’aimerais bien être « arrogant » ( il faut parfois décoder un peu: arrogant = plus sûr de moi en apparence? et en profondeur surtout!)

Vous me direz « C’est bien beau mais j’en fais quoi de ça? » Et si ce genre d’exercice vous invitait à mieux accepter la personne que vous êtes, avec ses défauts et ses qualités reconnues?

Alors quels sont vos personnages préférés/détestés?

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